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### Broken life ###
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scilia
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MessagePosté le: 12 Mai 2003 02:25 pm    Sujet du message: Broken life Répondre en citant

Broken Life


Disclaimer : Les personnages ne sont bla bla bla… à l’exception tout de même de Sasha.

Résumé : Une balle change la vie de l'Intel Unit mais principalement celle de Kerensky.

Genre : Drame, kleenex

Archives : www.bricbrac.fr.st

Auteur : [email protected] , la seule, l’unique, toujours aussi sadique et non, j’ai pas honte ^____________^

Note de l’auteur : Kerensky est un personnage attachant et j'ai complètement craqué. Il était donc logique qu'il passe entre mes mains de sadique. C'est une histoire triste mais qui correspond à la vision que j'ai de lui dans ce genre de situation. N'hésitez pas à me donner votre avis !


***


Largo se prit la tête entre les mains. Il s’en voulait, tout était de sa faute. S’il n’avait pas insisté pour que Georgi participe à cette opération, le Russe ne se trouverait pas en ce moment même en salle d’opération. Kerensky avait refusé au départ, prétextant que Largo ne l’avait pas embauché pour aller sur le terrain mais pour agir du bunker. Simon avait lancé quelques piques qui avaient achevé de le convaincre de se joindre à eux. Tout s’était passé si vite. Le jeune milliardaire revoyait pourtant la scène au ralenti, le cri de Kerensky dans l’entrepôt vide et ensuite le silence… un silence si pesant…

Un silence assourdissant avait suivit sa chute. Joy avait sentit d’instinct que quelque chose n’allait pas. Kerensky ne se relevait pas, à l’instar de l’homme qu’il avait abattu en protégeant Largo. Protéger Largo… c’était son travail, c’était elle qui aurait du recevoir cette balle pas ce russe d’apparence si froide mais qui cachait un cœur d’or. Joy avait failli à sa mission et par sa faute, Kerensky risquait de mourir.

Mourir… non, il ne fallait pas qu’il meure, se dit Simon en regardant son café d’un œil morne. Pas lui, pas Kerensky. Il était conscient de lui envoyer un peu trop de piques. Leur relation n’était pas évidente mais dans le fond, Simon l’aimait bien même s’il ne l’avait jamais avoué de vive voix. Ils avaient passé de bons comme des mauvais moments ensemble et une chose était sûre, cela ne pouvait pas se finir comme cela. Il ne pouvait pas mourir dans cet hôpital sordide de Washington.

— Excusez-moi, dit un homme vêtu d’une blouse blanche.

Les trois membres de l’Intel Unit se levèrent en même temps.

— Vous êtes de la famille de monsieur… Kerensky, fit l’homme en regardant un dossier.
— Je suis son employeur, répondit Largo en dévisageant l’homme.
— Je suis le docteur Withefield, je me suis occupé de lui.
— A vrai dire, c’est plus un ami. Est-ce que…
— Monsieur Kerensky est stabilisé pour le moment.

Le médecin décela un net soulagement chez les deux hommes qui lui faisait face. La femme par contre garda son air triste.

— Est-ce que nous pouvons le voir ? S’enquit Simon.
— Je n’ai pas fini, fit le médecin. Il y a… monsieur Kerensky est dans le coma.

Les paroles tombèrent comme un couperet. La joie de le savoir vivant avait été dissipée par le fait qu’il n’avait pas reprit conscience.

— Mais il va se réveiller, fit Simon comme si c’était une évidence.
— Le coma est encore un mystère pour la science. Certaines personnes se réveillent au bout de quelques heures, d’autres quelques jours mais il est possible aussi qu’il passe un long moment comme cela.
— Un long moment ? Reprit Joy.
— Cela peut se chiffrer en semaines, mois voir années, répondit le médecin.
— Mon dieu, souffla Largo en envisageant la perspective que le Russe ne se réveille jamais.
— S’il a de la famille, vous devez les prévenir afin qu’ils…
— Nous sommes sa seule famille, dit Joy d’une voix blanche.
— Il y a autre chose dont je dois vous informer.

Les mauvaises nouvelles n’allaient donc pas arrêter de tomber aujourd’hui, se demanda Simon.

— La balle a touché la moelle épinière et la rate. Pour ce qui est de cette dernière, le problème a été résolu mais nous n’avons aucune idée des dégâts réels que…
— Qu’est-ce que vous êtes en train de nous dire, docteur ? Questionna Simon inquiet.
— Hum… il est possible que monsieur Kerensky soit partiellement tétraplégique ou pire… totalement.

Joy porta la main à sa bouche, choquée, et s’assit lentement sur un siège. Kerensky handicapé… il ne le supporterait jamais, si tant est qu’il se réveille un jour.

— Bien sur, nous ne pouvons faire de diagnostique plus précis tant qu’il sera dans le coma mais nous ferons tout ce que nous…
— Est-ce que nous pouvons le voir, le coupa Largo.
— Bien sûr, une infirmière viendra vous prévenir dès qu’il sera remonté du bloc. Je suis à votre disposition, si vous avez besoin de quoique se soit…
— Merci, docteur Whitefield.

Largo s’assit près de Joy et lui prit doucement la main. La jeune femme avait les yeux dans le vide et se balançait doucement. Elle ne réagit pas quand il lui parla, elle ne pensait qu’à une chose : Georgi handicapé par sa faute.

— Il va s’en sortir, fit doucement Largo, c’est Kerensky, l’homme de glace !

Simon eut un demi-sourire. Il avait besoin de prendre l’air, de sortir de cet hôpital où Kerensky était entre la vie et la mort, dans cet état étrange appelé coma. Le Suisse tourna le dos à ses amis et sortit en serrant les poings.

— C’est ma faute, murmura Joy.
— Non, protesta Largo, je n’aurais pas dû insister pour qu’il nous aide.
— Largo, je suis ton garde du corps, c’est moi qui aurais dû prendre cette balle !

Il comprenait son raisonnement mais il se rappelait aussi que Joy était en train de couvrir Simon quand cet homme avait tenté de le tuer.

— Joy, je…

Que pouvait-il dire pour tenter de la réconforter alors qu’il se sentait si mal ? Il n’y avait qu’un seul fautif, lui, Largo Winch qui une fois de plus avait eu besoin de l’adrénaline procurée par leurs missions sur le terrain. Une infirmière approcha discrètement, l’air grave, pour leur annoncer que Kerensky était installé dans une chambre. Joy et Largo la suivirent et s’arrêtèrent devant la porte qu’elle leur indiqua. Ni l’un ni l’autre ne fit un geste pour l’ouvrir. En ne le faisant pas, il restait une infime chance pour que le médecin se soit trompé. Pour que Kerensky soit de l’autre coté en vie et qu’il sourit en voyant leurs mines inquiètes. Largo inspira profondément et ouvrit la porte. Il entra suivit de Joy dont il tenait toujours la main.

La première chose qui les frappa fut la pâleur de Georgi. La deuxième fut les machines qui entouraient le Russe. L’une d’elle était reliée à des électrodes posées sur sa poitrine et ses tempes, un monitoring mesurait son rythme cardiaque. Joy avait les larmes aux yeux. Il semblait si « déplacé » dans ce lit, si fragile, tellement loin de l’homme qu’elle connaissait. Largo espérait vainement qu’il ouvre les yeux, comme s’il sortait d’un long sommeil, et qu’il leur dise quelque chose mais les paupières du russe restèrent closes.

***


— Georgi, je ne sais pas si tu m’entends mais on va te ramener chez nous aujourd’hui, fit Joy en lui caressant doucement la main. Largo a trouvé une clinique privée près du groupe W. Il… tu auras une vue sur le jardin. J’ai vu qu’il y avait de magnifiques roses. Quand tu iras mieux, je t’emmènerai les voir enfin, j’imagine que tu voudras plutôt retrouver tes chers ordinateurs, dit-elle avec un petit sourire. Je ne t’ai jamais dit à quel point…

Sa voix se cassa. Cela faisait trois semaines, trois longues semaines qu’il était dans le coma. Son état restait inchangé, quelques machines avaient disparus mais il ne reprenait toujours pas connaissance. Le docteur Whitefield leur avait donné la permission de le transporter à New-York. Joy en était soulagée. Elle avait dû retourner avec Largo et Simon au groupe W quelques jours après l’accident et, même si elle venait aussi souvent qu’elle le pouvait, elle avait toujours le sentiment de l’abandonner à chaque fois qu’elle quittait Washington.

— Largo et Simon nous attendent là-bas. Je vais faire le voyage avec toi. Simon s’est trouvé une nouvelle petite amie, Amanda, une blonde pulpeuse comme il les aime. Tu te rappelles la dernière fille qu’il a fréquentée ? La rousse qui avait autant de cervelle qu’un petit pois. Figures toi qu’elle s’est mariée avec le dernier avocat à la mode à Manhattan. Incroyable qu’une poupée gonflable dans son genre puisse attirer ce genre d’homme. Largo a encore perturbé le conseil en proposant un projet de logement pour défavorisés. Cardignac a fait des siennes évidemment mais je crois qu’il ne reviendra plus à la charge après ce que Sullivan lui a dit. Si tu avais vu la…
— Excusez-moi, mademoiselle Arden. L’ambulance vient d’arriver, fit une infirmière en lui souriant

***


Simon longea le couloir discrètement. Il était tard et ne voulait pas se faire renvoyer par l’infirmière de garde. Il ouvrit la porte de la chambre de Kerensky et s’y faufila sans bruit.

— Salut Kerensky, fit-il à voix basse. Il serait peur être temps de revenir parmi nous. Ça va faire deux mois que tu te reposes, camarade !

Simon contempla le Russe toujours immobile. Ses cheveux étaient un peu plus longs, Joy avait refusé qu’on les lui coupe pour une obscure raison. Il était rasé tous les jours par une infirmière mais son visage avait pris une teinte cire. Il était vêtu d’un pyjama émeraude que lui avait acheté Joy, elle savait qu’il préférait le noir mais elle trouvait cela trop déprimant. Simon avait envie de l’attraper par la veste de son pyjama et de lui crier de se réveiller mais il savait pertinemment que cela ne changerait rien à son état.

— Il faut que tu te réveilles pour dire à Joy et Largo qu’ils n’y sont pour rien. Je le sais et toi aussi, tu as fais ce que n’importe lequel d’entre nous aurait fait mais ils se sentent coupables, et moi aussi d’une certaine manière. Je n’aurais jamais cru que tes vannes me manqueraient autant. Georgi, il faut que tu reviennes pour les aider à se rapprocher. Avant ton accident, il y avait un lien entre eux, je veux dire qu’ils commençaient leur histoire mais… depuis que t’es cloué dans ce lit… Joy se sent responsable, elle s’est plongée à fond dans le boulot, mange à peine et je doute qu’elle se repose beaucoup la nuit. Largo… je reconnais plus mon pote, il est devenu distant… imagine qu’il n’arrive même plus en retard au conseil ! Il se lance dans des tas de projets… je sais qu’il vient te voir même s’il n’en parle pas…

***


Largo entra dans la chambre silencieuse. Il n’était pas venu depuis quinze jours et s’en voulait mais son travail l’accaparait de plus en plus. Il jeta un œil distrait à la décoration que Joy avait installée peu à peu. Les murs beiges s’étaient parés d’un poster de Moscou, de cartes postales des différents endroits où l’Intel Unit se rendait. Il y avait un bouquet de lys blanc, ses fleurs préférées, sur la table de nuit, la jeune femme veillait à lui en faire livrer chaque semaine. Elle avait aussi ramené quelques C.D. qu’elle avait trouvé chez lui. Largo en choisit un, la septième symphonie de Beethoven, et l’inséra dans le lecteur. Une douce musique envahit la chambre. Largo s’installa sur le fauteuil près du lit et ferma les yeux.

— Tu ne peux pas imaginer à quel point cela me manque de ne pas te trouver, rivé devant ton écran, quand je passe au bunker. L’Intel Unit n’est pas la même sans toi, il faut que tu te réveilles, Georgi…. Cette balle m’était destinée… c’est moi qui… j’ai pris connaissance de… du fait que tu ne souhaitais pas d’acharnement thérapeutique mais… je ne considère pas le coma comme tel. Tu vas finir par te réveiller et reprendre ta vie… personne ne t’a remplacé… les médecins pensent que tu aurais de grande chance de ne pas être entièrement…

Largo buta sur le mot… tétraplégique… il ne se faisait pas d’illusion, Kerensky aurait beaucoup de mal à accepter son état. Plus le temps passait et plus Largo était convaincu qu’il ne se réveillerait pas. Il ne l’avait pas avoué à Joy et Simon mais cela lui paraissait préférable. Cela faisait trois mois maintenant. Trois mois qu’il vivait sans être vivant, trois mois que Largo se reprochait d’être en vie alors que Kerensky était dans cette clinique, trois mois que Joy s’était peu à peu éloigné de lui. Largo en souffrait mais le comprenait. Elle se sentait aussi coupable que lui et ce sentiment, qui aurait pu les rapprocher, les éloignait de plus en plus.

***


— Je ne vous connais pas … vous allez trouver cela étrange mais je viens voir ma mère dans la chambre voisine presque chaque jour et… je dois être ridicule. Je suis persuadée que vous pouvez entendre les gens qui vous parlent. L’infirmière m’a dit que vous vous appeliez Georgi… je m’appelle Sarah. J’ai vu vos amis, vous semblez beaucoup leur manquer.

Elle contempla une nouvelle fois cet homme qui, malgré son état, l’avait attiré à lui. Il avait un charme particulier et le voir allongé dans cette chambre la peinait. Il devait avoir une trentaine d’années, peut être un peu plus. Sarah glissa doucement la main dans ses cheveux blonds et lui caressa la joue.

— J’aimerai savoir de quelle couleur sont vos yeux mais pour cela, il faut vous réveiller Georgi. Quatre mois c’est un long sommeil… peut être que si je vous promets de vous offrir un café… ou un dîner, je ne suis pas mauvaise cuisinière…je vais vous laisser maintenant, je reviendrais demain.

Sarah pressa doucement la main de Kerensky, il avait l’air si… fragile pourtant elle ne doutait pas que cela n’était pas le genre d’homme à laisser transparaître ses faiblesses. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il faisait avant son accident, elle savait juste qu’il travaillait pour le P.D.G. du groupe W, Largo Winch. Elle allait retirer sa main quand elle sentit une pression sur ses doigts. Sarah leva les yeux et ne put retenir un cri de stupeur. Il l’observait d’un regard bleu pénétrant.

— Mon dieu, vous…
— Qui…êtes… vous ? Demanda-t-il doucement en détachant chaque mot.
— Je dois prévenir l’infirmière, fit Sarah en essayant de se dégager mais il maintint sa prise.
— Qui…
— Sarah, je m’appelle Sarah et je crois que vos amis seront très contents de votre retour mais pour cela il faut que je les prévienne.

Il la regarda sans comprendre. Son retour ? Elle tenta de nouveau de se dégager et il la laissa faire. Georgi la regarda sortir de la chambre. Où était-il ? Il laissa son regard errer sur la pièce qu’il ne connaissait pas. Il sourit en découvrant le poster de Moscou et les fleurs près de lui. Kerensky voulu lever la main pour les toucher mais son bras refusa de bouger. Il prit conscience qu’il ne sentait pas son corps, il avait juste la gorge sèche comme s’il n’avait pas parlé depuis des semaines.

— Vous êtes certaine de ce que vous dites ?
— Oui, docteur, c’est la fille de madame MacLane qui l’a vu se réveiller.

La porte s’ouvrit et Kerensky vit une infirmière et un médecin entrer. Les deux semblaient surpris de le voir éveillé.

— Bonjour, je suis le docteur Winslow. Vous pouvez me dire votre nom ?
— Kerensky, répondit le Russe en s’étonnant de la question.
— Vous savez en quelle année nous sommes ?
— 2002.
— Bien, fit le docteur en continuant son examen.
— J’ai soif.

L’infirmière s’approcha et lui proposa un verre avec une paille. Georgi la regarda étrangement et tenta de lever sa main pour prendre le verre. Le médecin vit l’effort qu’il faisait, son bras gauche se leva de dix centimètres avant de retomber sur le lit. A contre cœur, Kerensky but à la paille.

— Nous allons prévenir monsieur Winch et vos amis de…
— Pourquoi… je ne sens plus mon corps, fit-il avec difficulté.

L’infirmière regarda le médecin avec un air affolé. Elle connaissait par cœur le dossier de ce patient et savait qu’il y avait de grandes chances pour qu’il soit handicapé à son réveil. Elle baissa les yeux quand Georgi la regarda. Le Russe ne comprit pas et reporta son attention sur le médecin.

— Monsieur Kerensky, vos muscles sont ankylosés. Vous étiez dans le coma et…
— Combien de temps ? Demanda Georgi glacial.
— Quatre mois, annonça le médecin gravement.

Georgi eut l’impression qu’on venait de lui assener un coup sur la tête. Quatre mois qu’il était allongé dans cette chambre d’hôpital, quatre mois perdus, envolés, alors qu’il lui semblait que c’était hier qu’il était avec l’Intel Unit à Washington. Des images s’imposèrent à son esprit avec force et il ferma les yeux. Joy et Simon se débarrassant de deux tireurs embusqués. Largo, cible parfaite, au milieu de l’entrepôt et l’homme, dont il n’avait pas oublié son visage, qui avait tiré sur le milliardaire inconscient du danger. Le médecin et l’infirmière ressortirent discrètement pensant qu’il s’était endormi.

***


Joy avait du mal à croire qu’ils étaient en route pour le voir. Elle aurait aimé être là quand il s’était réveillé. L’infirmière leur avait dit qu’il n’était pas seul, une jeune femme dont la mère était hospitalisée dans la chambre à côté était avec lui. On ne leur avait rien dit sur son état de santé, simplement qu’ils pouvaient le voir. Le voir pour lui dire quoi, se demanda Joy. Pardon de ne pas avoir fait mon travail ? Pardon de ne pas être à ta place ? Simon regarda la jeune femme et nota qu’elle avait encore perdu du poids, des cernes courraient sous ses yeux. Le Suisse espérait que le réveil de Georgi permettrait à Joy et Largo d’arrêter de se détruire, de prendre un nouveau départ. Largo ne disait mot, il fixait la route, les mains crispées sur le volant. Il se gara devant la clinique et coupa le moteur.

— Il ne va pas nous manger, fit Simon doucement en constatant que personne ne bougeait.

Largo lui dédia un petit sourire et sortit de la voiture. Le petit groupe se dirigea vers l’entrée de la clinique d’un pas lent. Le docteur Winslow les attendait et les fit entrer dans son bureau.

— Avant que vous ne le voyiez, je dois vous prévenir qu’il risque de ne pas vous semblez fidèle à lui-même. Il n’a aucun trouble de la mémoire et se rappelle parfaitement bien qui il est. Cependant, son état va l’amener à faire face à des problèmes psychologiques plus ou moins graves.
— Son état ? Reprit Largo.
— Les examens sont restreints pour le moment mais il semble qu’il est perdu l’usage de ses jambes. Monsieur Kerensky prétend ne pas sentir son corps mais il a prouvé qu’il pouvait bouger au moins le bras gauche. Ses muscles sont atrophiés et il aura besoin de faire beaucoup de rééducation avant de pouvoir se resservir normalement de ses bras et mains.
— Vous êtes certain qu’il a perdu l’usage de ses jambes ? Demanda Joy à qui le mot handicapé semblait trop fort.
— Il n’a eu aucune réaction quand j’ai pratiqué le test consistant à vérifier ses réflexes en le piquant avec une aiguille.
— Oui mais, comme vous l’avez dit, ses muscles sont atrophiés, fit remarquer Simon.
— Exact mais il n’en reste pas moins qu’il n’a eu aucun réflexe primaire. Je ne pourrais me prononcer avec certitude que dans quelques jours.

***


Georgi regardait par la fenêtre, le jardin était magnifique mais il ne le voyait pas. Il avait réessayé de bouger ses membres après la sortie du médecin mais n’était arrivé à rien. Ses jambes refusaient de bouger et ses bras se levaient avec peine pour retomber au bout de quelques secondes. L’effort l’avait épuisé mais il n’en avait cure, il se reposait depuis quatre mois et pouvait bien demander un effort important à son corps. Il tourna la tête quand la porte de sa chambre s’ouvrit et son regard se fit glacial. Kerensky se doutait qu’ils viendraient le voir mais pourquoi fallait-il que cela soit si tôt ?

Largo avança suivit de Joy et Simon, le Suisse se posta près de la fenêtre tandis que Joy vint vers lui. Son regard exprimait clairement ce qu’elle ressentait. Elle avait mal pour lui et savait que leur visite ne lui faisait pas autant plaisir qu’à eux mais ils avaient besoin de constater par eux-mêmes qu’il était bien vivant. Elle allait poser sa main sur son bras quand un regard de Kerensky la dissuada. Largo le remarqua, il ne savait pas quoi dire. Simon tenta de venir à son aide mais ne trouvait pas les mots.

— Je leur ai dis que je ne voulais pas de visite, fit le Russe froidement.

Largo se doutait que la première rencontre serait difficile mais il n’avait pas imaginé qu’elle le serait autant. Il soutint pourtant le regard de Kerensky. Il ne lisait pas de haine sur le visage fermé du russe mais du dégoût face à son impuissance. Se montrer face à eux tel un pantin était une chose qu’il n’acceptait pas. Georgi n’ignorait pas que ses amis devaient être inquiets mais cela ne l’empêcha pas de leur demander de sortir.

— Kerensky, on voulait juste…
— Je sais ce que vous vouliez, Joy. Comme vous pouvez le voir, je suis réveillé maintenant laissez-moi.
— Tu ne peux pas nous, commença Simon.
— Je vous ai demandé de sortir, fit Georgi en haussant la voix.

Simon battit en retraite le premier. Il jeta un dernier regard vers le lit avant de partir les épaules basses. Joy et Largo se regardèrent, indécis sur la conduite à tenir.

— Ne m’obligez pas à me répéter, j’ai horreur de cela, dit Kerensky en fermant les yeux.

Il entendit le silence pendant un court moment avant de discerner des bruits de pas et la porte qui se refermait sur la seule famille qu’il avait. Il essaya de fermer les poings de rage mais n’y arriva pas totalement, ce qui décupla sa colère. Pourquoi avait-il fallu qu’il reste en vie ? Mourir aurait été préférable à cet état d’asthénie. Comment pourrait-il se regarder en face s’il devait passer le reste de sa vie alité ? D’un geste brusque, il tendit le bras et renversa le vase posé sur la table de nuit. Georgi regarda les lys tomber sur le sol sans pouvoir faire un geste pour les ramasser. Il avait envie de crier sa frustration, de hurler qu’il ne voulait pas rester dans cet état mais personne n’était là pour l’entendre. Pour la première fois de sa vie, il prenait conscience de sa dépendance envers Largo, Joy et Simon et il ne put empêcher un râle de franchir ses lèvres. Son regard se tourna vers la porte, quelqu’un venait de frapper. Il baissa la tête et cacha son visage derrière un rideau de cheveux blonds.

Sarah avait la main sur la poignée et n’osait pas entrer. Qu’allait-elle pouvoir lui dire ? Elle se sentait ridicule et en même temps avait envie de prendre de ses nouvelles. Que pouvait-on dire à un homme qui était alité et qui sortait d’un coma de quatre mois ? Elle avait eu peur quand elle avait vu ses yeux bleus braqués sur elle. Il y avait tellement de questions dans son regard…

Georgi vit une forme bouger derrière la porte. Il ne pouvait pas distinguer ses traits du fait de l’opacité de la fenêtre mais cela aurait été un membre du personnel, il serait rentré sans se soucier de le déranger. Il regarda la forme disparaître puis réapparaître derrière la porte. Joy ? Etait-il possible qu’elle soit revenue alors qu’il l’avait rejeté peu de temps avant ? La curiosité le démangeait et il prononça d’une voix claire un « entrez » qui fit sursauter la forme.

Sarah ouvrit lentement la porte, elle se sentait nerveuse. Le voir et lui parler tant qu’il était dans le coma était une chose mais le faire alors qu’il était conscient en était une autre. Elle referma la porte derrière elle et lui fit face. Elle ne voyait pas son visage en entier mais distingua parfaitement deux yeux clairs entre les cheveux blonds. Ils se dévisagèrent un long moment. Kerensky se rappelait très bien de la jeune femme. Il était partagé entre le désir de la connaître et celui de la rejeter. Sarah remarqua le vase brisé et approcha lentement en ne le quittant pas des yeux. Elle ne dit pas un mot et se contenta de ramasser les fleurs pour les mettre dans un autre vase. Elle jeta les morceaux brisés et nettoya la flaque d’eau. Georgi la regarda faire, ne pouvant détacher son regard de cette étrange jeune femme. Elle se releva, lui sourit doucement et sortit comment elle était arrivée. Kerensky ne dit pas un mot pour la retenir et ferma les yeux.

***


Joy regardait la pluie tomber. Elle était rentrée chez elle après leur visite à la clinique, avait pris une douche et depuis elle tournait en rond dans son appartement. Elle comprenait la réaction de Kerensky, beaucoup mieux que Largo et Simon. Elle avait effectué le même travail que lui, connaissait ce sentiment de puissance et d’invulnérabilité quand une mission était réussie. Le sentiment que rien ne pourra jamais vous atteindre, que les accidents n’arrivent qu’aux autres, que les balles ne vous toucheront jamais. Un mélange étrange d’adrénaline et de peur qui poussait à aller toujours au-delà de ses limites jusqu’au jour où… Joy serra les poings. C’était elle qui aurait dû se trouver handicapé, pas lui ! Elle frappa le mur de son poing, ressentant à peine la douleur irradiant sa main. Elle était en colère contre elle-même. Cela faisait quatre mois mais toutes les nuits, elle revivait la même scène. Des coups de feu, Georgi tombant lourdement sur le sol, les longues secondes à espérer qu’il se relève, la peur en constatant qu’il était inconscient, le sang qui s’échappait de sa blessure,… Elle essuya ses larmes d’un revers de la main et quitta la fenêtre pour aller se réfugier dans sa chambre. Joy savait qu’elle ne trouverait pas le sommeil mais elle avait envie de se pelotonner sous sa couette et de ne plus jamais en sortir.

***


Simon but une gorgée de sa bière et la reposa lentement. Le bar était rempli comme tous les soirs mais, étrangement, il n’avait pas envie de se mêler à la foule. Il ne daigna même pas répondre aux avances de deux jeunes femmes qu’il avait l’habitude de fréquenter. Tout fout le camp, se dit-il en regardant son verre. Le réveil de Kerensky, au lieu de les rapprocher, les avait encore plus éloignés les uns des autres. Simon en voulait au Russe de les avoir jetés dehors même si, quelque part, il comprenait sa réaction. Il ne savait pas comment il aurait réagi dans la même situation. Après avoir quitté la clinique, Joy était partie de son coté. Simon avait vu le regard de Largo mais elle l’avait ignoré et les avait à peine saluer. Il avait proposé à son meilleur ami de venir avec lui dans ce bar mais il avait refusé, prétextant des dossiers à étudier. Simon n’y avait pas cru une seule minute mais avait fait comme si.

— J’en ai assez !
— Eh bien mon p’tit loup, qu’est ce qui t’arrive ? Demanda une femme près de lui.
— C’est pas le moment, Tania, répondit-il sèchement en se levant.

Il quitta le bar pour l’obscurité de la rue, bien décidé à dire ce qu’il pensait à ses amis. Il chercha un instant par lequel des trois il allait commencer avant de se diriger vers sa voiture.

***


Largo respira l’air frais de la nuit. Il était sur la terrasse du penthouse et regardait les lumières de New-York. Quelque part à l’Ouest, il y avait l’appartement de Joy. Il était poussé par une irrésistible envie de la voir, la toucher, lui parler et en même temps, il avait peur de sa réaction, se sentait responsable de ce qui était arrivé à Kerensky et s’était répercuté sur eux. Il avait remarqué les cernes et la perte de poids de la jeune femme mais n’avait pas osé le lui faire remarquer. Avant l’accident, il lui aurait lancé une pique mais là… les choses n’étaient plus comme avant et ne le seraient jamais plus.

— Tu vas rester longtemps sans rien faire ? Demanda une voix sèchement derrière lui.
— Pardon ? S’exclama Largo en se retournant.

Il découvrit Simon qui le regardait d’un air furieux.

— Va la voir, va lui dire ce que tu ressens !
— Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
— Pas à moi, Larg’ ! Tu t’abrutis dans le travail, tu n’as plus le temps de venir faire la fête avec moi et depuis combien de temps n’es-tu pas sorti avec une fille ?
— Tout cela semble si… futile en comparaison de ce qui arrive à…
— Je sais mais jouer les martyres comme vous le faites ne changera rien à son état !

Largo évita le regard de Simon, ce dernier fit les quelques pas qui les séparait et se planta devant lui.

— Ne me fais pas croire que tu n’as pas remarqué qu’elle se laisse mourir.
— Tu y vas un peu fort ! Protesta Largo.
— Tu fais la même chose différemment, constata Simon d’une voix douce.

Largo lui tourna le dos et se remit à la contemplation des lumières de la ville. Son ami avait raison mais il ne pouvait pas se défaire de l’idée qu’il était responsable de l’état de Kerensky. Comment pourrait-il aider Joy alors qu’il se sentait si mal lui-même ?

— Je ne peux rien faire pour elle.
— Bon sang, tu vas te secouer oui ou non ? S’énerva Simon.
— Ecoutes, je sais ce que tu veux faire et je t’en remercie mais cette fois… c’est différent.
— Qu’est ce qui est différent ? Insista-t-il en haussant la voix.
— J’ai failli le faire tuer ! Si je n’avais pas insisté, Kerensky ne serait jamais venu avec nous !
— Ce n’est pas parce que tu es son employeur que tu es responsable de ce qui lui arrive !
— Si, justement ! Cette balle m’était destinée, Simon ! C’est moi qui devrais être sur ce foutu lit d’hôpital ! Cria Largo.
— Et tu peux me dire à quoi ça t’avance de te laisser mourir ? A quoi cela t’avance de laisser Joy se détruire par la culpabilité ? Oh ne me regardes pas comme ça, elle se sent coupable de ne pas avoir pris cette balle à la place de Kerensky et tu le sais très bien !
— Qu’est-ce que tu racontes ? Demanda Largo sentant sa colère retomber d’un coup.
— Tu es aveugle ou quoi ? Joy est ton garde du corps, elle a pour mission de te protéger et c’est Kerensky qui l’a fait à sa place !
— Elle n’y est pour rien, elle t’aidait à… bon sang, je suis stupide ! S’exclama Largo en rentrant dans le penthouse.

Simon le vit prendre sa veste et sortir précipitamment. Enfin un qui avait ouvert les yeux ! Avec un peu de chance, Largo aiderait Joy à déculpabiliser. Le plus dur allait être sans aucun doute Kerensky. Simon ne savait pas comment l’aider.

***


Georgi regardait le plafond. Le sommeil le fuyait et il ne pouvait rien faire d’autre. Avant il aurait pris son portable et aurait travaillé un peu ou fait une partie d’échec mais il en était incapable. Handicapé… le mot trottait dans sa tête depuis quelques heures. De toute sa vie, il n’avait imaginé finir de cette manière. Tué en mission, oui mais jamais, ô grand jamais, finir à moitié vivant, tel un légume, dans une chambre d’hôpital. La situation n’était pas acceptable et il fallait qu’il y mette un terme d’une manière ou d’une autre. Il entendit des bruits de pas dans la chambre voisine et les pleurs étouffés d’une femme. Des voix murmuraient des mots incompréhensibles mais le ton était condescendant. Les pleurs se calmèrent au bout d’un temps qui semblait infini. Il vit des formes passer à travers la porte, une infirmière entra pour vérifier qu’il allait bien et le réprimanda gentiment car il ne dormait pas.

— Que se passe-t-il ?
— Madame MacLane est décédée, répondit l’infirmière doucement.
— Sarah ? Demanda Georgi avec inquiétude.
— Non, sa mère.
— Dites-lui que…

Que quoi, se demanda Kerensky ? Que pouvait-il bien dire à cette jeune femme qu’il ne connaissait pas ? Il secoua la tête doucement et l’infirmière sortit sans bruit. Georgi aperçu la jeune femme quand elle ouvrit la porte, elle leva la tête au même moment et leurs regards se croisèrent un court instant. Il maudit son incapacité à se lever, ouvrir la porte et lui dire à quel point il était désolé pour elle. Pourquoi ? Pourquoi voulait-il aider cette inconnue ? Parce qu’elle avait été la première personne qu’il avait vue en se réveillant ? Parce qu’elle ne le regardait pas avec pitié ni compassion ? Je ne pourrais rien lui apporter. La réalité le frappa de plein fouet. Il ne pouvait plus rien donner, ni recevoir de personne. La porte s’ouvrit lentement et Sarah entra. Elle n’avait pas réfléchit et eut, sur le moment, une légère hésitation. Kerensky la regarda sans dire un mot. Il força son corps à faire un effort et arriva à tendre la main vers elle. Sarah tourna légèrement la tête sur le coté, semblant chercher à décrypter son geste. Les larmes coulaient toujours sur son visage mais elle n’en avait cure. Elle avança jusqu’au lit, gardant toujours un contact visuel avec Georgi. Ils n’avaient pas besoin de mot pour se comprendre, ils partageaient la même souffrance même si la cause en était différente. Elle toucha sa main du bout des doigts, hésitant à nouer ce contact physique de peur de le blesser. Georgi referma lentement sa main sur celle de Sarah et lui sourit doucement. Elle hocha la tête et fit un geste qui surpris Kerensky. Elle s’allongea sur le lit et se blottit entre ses bras, cherchant un peu de chaleur. Il se raidit à son contact mais, constatant que la jeune femme ne se calmait pas, il tenta maladroitement de l’entourer de ses bras. Sarah finit par se calmer mais ne bougea pas. Georgi n’osait pas parler de peur de gâcher ce moment étrange et si troublant à la fois. L’infirmière de garde passa une heure plus tard et les trouva dans la même position. Elle ne dit rien et constata que son patient s’était enfin endormit.

***


— Joy, je sais que tu es là, ouvres-moi !

Largo tambourina à la porte pour la quatrième fois. Elle ne répondait pas au téléphone et il avait absolument besoin de la voir.

— Joy !
— Ca suffit, tu vas finir par réveiller tout le monde ! Il est deux heures du matin, qu’est ce que tu veux ?
— Il faut qu’on parle ! Déclara Largo en entrant sans y avoir été invité.
— Ca ne pouvait pas attendre demain ? Fit-elle cassante.
— Non. Est-ce que ce que Simon m’a dit est vrai ?
— Comment tu veux que je sache de quoi tu parles ? Répondit Joy exaspérée.
— Tu te sens responsable de la tétraplégie de Kerensky.

Joy eut l’impression de recevoir un coup de poignard dans le cœur. Largo vit à sa pâleur que Simon avait raison. Il avait trop été obsédé par sa propre culpabilité pour voir qu’elle allait mal. Plus que mal s’il en jugeait par les cernes et son visage émacié.

— Largo, va-t-en, murmura-t-elle en lui tournant le dos.
— Non ! C’est fini, je ne veux plus fermer les yeux. Tu n’es pas plus responsable que moi de ce qui est arrivé !
— Comment peux-tu dire cela !
— Nous ne pouvions pas deviner que ce type allait me tirer dessus !
— J’aurais dû le savoir, ça fait parti de mon boulot, tu me payes pour ça !
— Tu couvrais nos arrières avec Simon, s’exclama Largo.
— Je suis ton garde du corps, c’était à moi de prendre cette balle ! Il n’a pas mérité de finir sa vie comme ça !
— Toi non plus, Joy ! S’écria Largo.
— Je…

Sa voix se cassa et elle laissa enfin la douleur remonter. Joy fut traversée par une souffrance telle qu’elle se plia en deux, elle avait du mal à respirer, il lui semblait que sa tête allait exploser. Largo la prit dans ses bras et les larmes libératrices coulèrent enfin.

— C’était à moi de te protéger, murmura-t-elle entre deux sanglots.
— Tu ne pouvais pas savoir, dit Largo en la berçant lentement.

Ils glissèrent à terre dans les bras l’un de l’autre. Largo se laissa aller à évacuer toute cette douleur qui l’emprisonnait depuis quatre long mois. Les larmes se tarirent pour faire place à un besoin intense d’être rassuré, de se sentir en sécurité. Leur étreinte se changea brusquement, Largo sentit un besoin irrépressible d’embrasser Joy. Elle leva la tête vers lui et les lèvres s’unirent par de petits baisers avant de se transformer en un baiser passionné dans lequel ils mirent toute leur peine et tous leurs espoirs.

***


Kerensky regarda la jeune femme qui reposait toujours entre ses bras. Elle bougea légèrement et leva les yeux vers lui.

— Je suis désolé pour…

Sarah le fit taire d’un baiser. Elle ne voulait pas entendre ce genre de paroles, pas maintenant, jamais en fait. Sa mère était sa seule famille, elle n’avait ni frère ni sœur. Georgi ne répondit pas à son baiser. Elle le regarda en fronçant les sourcils.

— Ce n’est pas de votre faute, je…
— Ne dites rien, murmura-t-elle, je comprends que…
— Vous êtes une charmante jeune femme mais je n’ai plus rien à offrir dans cet… état.
— Vous vous trompez.
— Non, dit-il d’un ton sec.

Sarah le regarda et vit plusieurs émotions passer dans son regard azur. Elle y vit aussi une détermination sans faille. Il avait prit une décision quant à son avenir qu’il était incapable d’appliquer seul.

— C’est vraiment ce que vous souhaitez ? Demanda-t-elle doucement.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Il faut vraiment que je vous l’explique ?

Elle secoua la tête doucement. Elle le comprenait bien plus qu’il ne l’imaginait et soudain tout s’éclaira pour Sarah. Elle lui sourit doucement et s’arracha à son étreinte. Kerensky la regarda sortir de la chambre.

***


Simon courrait dans les couloirs du groupe W. Il était à la recherche de Largo et Joy et les trouva dans le penthouse, enlacés sur le canapé.

— Simon, que se passe-t-il ? Demanda Largo en voyant le visage du suisse baigné de larmes.

Joy sut d’instinct ce qu’il allait leur annoncer.

— Kerensky… il… il est mort, bafouilla Simon en s’affalant sur un fauteuil.
— Qu’est-ce que tu racontes ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda Largo en sentant un étau se resserrer sur son cœur.
— Il… s’est suicidé, répondit Simon d’une voix blanche.

Largo éclata d’un rire nerveux, comment Kerensky pouvait-il se suicider alors qu’il était impotent ? Son visage redevint sérieux quand il remarqua que Simon et Joy étaient restés de marbre.

— C’est impossible, ils ont du faire une erreur ! Protesta-t-il.
— Non, répondit Joy doucement, il n’a pas supporté de…
— Qu’est-ce qu’ils t’ont dit, Simon ? Supplia Largo comme si ce n’était qu’une des plaisanteries habituelles du Suisse.
— La jeune femme qui l’a vu sortir du coma a perdu sa mère cette nuit. L’infirmière les a retrouvés tous les deux sur le lit. Elle… elle a cru qu’ils dormaient mais… elle a trouvé des comprimés de Fetanyl, un puissant narcotique, sur la table de nuit.

Simon baissa la tête en se passant la main sur le visage. Joy s’était assise et ne semblait même pas se rendre compte qu’elle pleurait.

— Il a laissé une lettre, murmura Simon.

***


Mes amis,

Je pars même si je sais que cela va vous faire de la peine. Je ne peux pas continuer, c’est au-dessus de mes forces. Je ne suis plus un homme et c’est inacceptable. Je sais que vous étiez prêt à m’aider et je vous en remercie mais… comment pourrais-je vivre en dépendant des autres moi qui aie toujours été libre ?

Je ne vous demande pas de comprendre mais d’accepter ma décision. Je compte sur toi, Largo, pour qu’elle n’ait pas de problèmes en m’aidant à accomplir ce geste. Si je l’avais connu avant, je crois que j’aurais pu construire quelque chose avec elle mais il ne sert à rien d’avoir des regrets et je ne veux pas que vous en ayez.

Largo, Joy, prenez conscience que la vie n’est pas éternelle et qu’il vaut mieux avouer ses sentiments que les cacher. Simon, dragueur invétéré et ami fidèle, je peux enfin te le dire : tu es quelqu’un de bien même si tes piques sont lourdes parfois.

Georgi Kerensky


***


La cérémonie était terminée depuis un quart d’heure mais le trio n’arrivait pas à quitter le cimetière de New-York. Les deux tombes fraîchement creusées étaient près d’un grand orme qui les protégeaient du soleil. Sarah MacLane, lut Largo. Pourquoi avait-elle choisi de partager le sort de Kerensky ? Ils ne se connaissaient pas et pourtant ils étaient unis par ce lien invisible qu’était la mort. Joy caressa doucement les lettres dorées, gravées dans le marbre. Rien n’allait être pareil sans lui, il lui manquait tellement, songea-t-elle en sentant les larmes revenir. Simon lui posa la main sur l’épaule et l’aida à se relever.

— On ne t’oubliera pas, murmura Simon en entraînant Joy vers la sortie.

Largo resta seul, il avait la tête pleine de souvenirs des aventures qu’ils avaient vécues avec Kerensky.

— Pourquoi as-tu choisis cette solution… nous avons suivi ton conseil et j’aurais aimé que tu puisses être avec nous.

Largo s’accroupit et caressa le marbre doucement. Il n’arrivait toujours pas à réaliser qu’il ne verrait plus Georgi rivé à son ordinateur quand il entrerait dans le bunker, ne l’entendrait plus se chamailler avec Simon ou Joy. Il se releva et regarda une dernière fois l’inscription :

Georgi Kerensky

25-02-1957
02-10-2002


— Adieu mon ami, fit Largo avant de rejoindre le reste de l’Intel Unit.



Fin

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MessagePosté le: 12 Mai 2003 08:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Eh bien, là c'est toute une surprise Scilia. Moi qui ai lu Blood's Wedding l'autre jour, je pensait que cette fic était le début de la belle relation entre Sarah et Kerensky et que ca finirais bien...tu m'as surprise avec la fin.

Merci de l'avoir écrit. Ca nous fait réfléchir à tout ces gens qui ont des métiers dangereux, tels les policiers et les sentiments de leur entourage.
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